Jeudi soir, les élèves de l’athénée royal de Rixensart, en section Arts de la parole et du théâtre, ont régalé le public avec une lecture-spectacle autour du vin, à la bibliothèque communale, en association avec le vignoble de Genval.
L’événement devait se dérouler ce jeudi 25 avril au domaine du Beau-Site, mais les organisateurs ont préféré activer le plan B. Avec la pluie tombée tout au long de la journée, un terrain très humide, des risques d’averses et un petit vent du nord peu engageant, il y avait de quoi refroidir le public. Le spectacle a été déplacé à la bibliothèque communale de Genval, bien au chaud, bien au sec.
Le spectacle commence par une chanson, une Marseillaise revisitée: « Allons enfants de la Courtille. Le jour de boire est arrivé », entonnée par les sept élèves de la classe d’Enea Davia, leur professeur. Suivent des textes de Baudelaire, de Benacquista, de Banville ou de Neruda. Les expressions et citations sont bien évidemment savoureuses, comme « La seule arme que je tolère, c’est le tire-bouchon » (Jean Carmet) ou « Il faut s’efforcer d’être jeune comme un beaujolais et de vieillir comme un Bourgogne » (Robert Sabatier).
Le public a beaucoup ri avec un texte humoristique, où toutes les grandes appellations du vin étaient joliment convoquées: « On a dansé Anjou contre Anjou sur un Sylvaner à la mode (…) » Les élèves de l’athénée ne manquent pas de talents. Ils interprètent ces morceaux de littérature, ils leur donnent corps, ils les font vivre.
Le spectacle intitulé « Du tanin au lutrin » a tenu toutes ses promesses. Le public était un peu clairsemé en cette soirée à la météo bien maussade. Les spectateurs ont pu savourer cette lecture-spectacle avant de succomber au thème du jour: déguster un verre de vin. De Genval bien entendu! Un grand merci à Antoine, Loïc, Clémentine, Lydie, Maeva, Nephely et Norah pour leurs performances.
Les raisins de la folie
A l’issue du spectacle, Pierre Chaidron a lu un texte issu d’un atelier d’écriture qu’il avait mené au vignoble, en juin 2022. Nous ne résistons pas au plaisir de vous le partager:
Les raisins de la folie.
Ils étaient tous. Convertir un fouillis indescriptible de taillis, de souches, de broussailles, de ronces et d’orties en un jardin de vignes (je n’ose dire un vignoble!) était plus qu’une gageure; c’était un doux délire de quelques voisins sans expérience et qui connaissaient seulement de la vigne l’agréable saveur et la bonne humeur que son produit bien traité procure, surtout lorsqu’il est partagé.
De ce terrain communal de l’avenue des Combattants, n’existait qu’une villa patricienne remarquable qui, aujourd’hui comme hier, ne peut cacher ni sa date de naissance début 20e, ni l’école Hankar de son architecte, Paul Hamesse. Cet édifice classé mérite à lui seul un article d’un historien architecte que je ne suis pas. Mais je ne peux cacher ma surprise de découvrir quatre façades géométriquement semblables et pourtant uniques; bref un alliage généreux de rigueur et de grâce.
Sur le côté de la maison, un chemin carrossable est bordé d’une vigne qui étire longuement son vert tendre sur une horizontale marquant la limite est de la propriété. Ce n’est pas encore le vignoble, même si c’en est, le même cépage Solaris. Accessible à tous, ils l’ont appelée la vigne à maraude, ce qui déjà réveille agréablement mes papilles.
Le gazon du premier jardin vite traversé est stoppé par une haie transversale haute et épaisse qui en début de saison cache complètement le vignoble. La porte d’accès est accolée à la vigne à maraude. Ce trait horizontal sur toute la largeur du terrain marque aussi la rupture de la pente qui apparaît en même temps que le vignoble planté au soleil de midi.
Les lignes de vignes se succèdent de haut en bas, d’une régularité parfaite, vigoureuses et contenues. Comme pour la maison, la symétrie et la grâce végétale exubérante ne font qu’un.
Qui donc aurait cru qu’en débroussaillant le lopin inculte, on pouvait libérer l’âme du ou des concepteurs de la villa et que cette bonne fortune, imperceptible, allait modeler le vignoble qui se dévoile aujourd’hui sous nos yeux.
Ils n’étaient pas fous; ils étaient devins.
Pierre Chaidron, 23 juin 2022

